Réglés comme une horloge suisse

By 4. janvier, 2020 janvier 28th, 2020 No Comments
Industrie du meuble

Auteur: Susanna Köberle

Les processus de production des fabricants suisses de mobilier sont parfaitement intégrés les uns aux autres – il peut donc paraître surprenant que certains établissements misent également sur le système de fabrication japonais Kanban.


En règle générale, les fabriques suisses de mobilier appartiennent à la catégorie des PME qui fait souvent la part belle au savoir-faire artisanal. L’industrie suisse du meuble compte toutefois d’autres modèles qui ont fait leurs preuves: certains fabricants de mobilier misent avec succès sur la fabrication en grande série. Pourtant, ces entreprises industrielles ont bien souvent débuté à une petite échelle: la plupart des grandes fabriques de meubles étaient à l’origine de petites menuiseries qui ont grandi à la faveur de la croissance.

De la fabrication en grande série à la fabrication spéciale. Photo: Echo Büromöbel

La fabrication en série et ses techniques reposent sur un savoir-faire spécialisé ainsi que sur la précision et le souci de la qualité. Le bon mélange de qualité, de précision, de rapidité et de synchronisation des processus est particulièrement efficace lorsqu’il s’agit de produire en grande quantité. Lorsque vous interrogez des représentants de grandes fabriques de meubles, vous constatez rapidement que l’organisation est la clé du problème. Le niveau élevé d’automatisation dans la fabrication exige en effet de piloter le processus de production avec précision: il s’agit toujours de maintenir un flux optimal pour sortir exactement la quantité requise des lignes de production.

Notre site de production situé dans l’Emmental. Photo: Jutzler

Il peut paraître surprenant que certaines entreprises fassent appel à une méthode japonaise de gestion de la production, le kanban (du japonais signal ou fiche cartonnée), qui est née au Japon dans les années 50. Le but ultime de cette méthode est de minimiser les coûts de production en faisant l’économie de tâches inutiles et en optimisant la productivité. Au final, ceci garantit le respect des délais de livraison ainsi que la diminution des en-cours. Le bon fonctionnement de ce système repose sur la planification structurée des tâches et des temps.

Ces processus automatisés s’appuient sur les données échangées entre le client et le fabricant. La mise en réseau de ces derniers permet, entre autres, de détecter et des combler des lacunes en continu. L’optimisation et le suivi permanent des processus sont les fondements de cette méthode de fabrication industrielle. Pour avoir un flux de travail fluide, il faut toutefois se plier à des impératifs concrets et incontournables.

En effet, assurer la pérennité d’une entreprise industrielle demande de gros investissements. Cela exige, entre autres, de maintenir de bonnes relations avec les fournisseurs ainsi qu’une bonne assurance qualité. Il s’agit de fournir la bonne quantité, dans la bonne qualité, au bon moment et au bon endroit. Il est aussi nécessaire de maintenir un certain volant de stock pour minimiser le risque de rupture: ne pas respecter les délais de livraison est une erreur que les entreprises ne peuvent se permettre. En effet, la ponctualité suisse n’est pas ici un «un petit plus», mais une qualité essentielle à la survie de l’entreprise.

 Jour après Jour une qualité maximale. Photo: Jutzler AG

L’organisation et la planification constituent la base de la production automatisée de mobilier: on groupe les commandes individuelles  pour pouvoir produire simultanément le plus grand nombre de pièces identiques possible. A cet effet, il faut également tenir compte du rendement des machines. L’entretien périodique de celles-ci nécessite une planification des plus poussées. Un autre facteur à observer est la durée de vie du matériel.

Le progrès technique est un thème omniprésent: l’innovation fait partie du quotidien des entreprises. L’attitude dans le travail doit également être favorable à l’innovation, car l’on ne peut se passer complètement de main-d’œuvre.  A cet égard, c’est un précepte de vie et de travail japonais qui, une fois de plus, se montre novateur: le kaizen (en japonais, changement pour le meilleur) qui signifie améliorer continuellement les processus et, par conséquent, remettre parfois quelques certitudes en question. Quiconque se refuse à le faire, connaîtra des difficultés, comme le laissait entendre un membre de l’équipe dirigeante d’une grande fabrique de meubles du Plateau.  

Quelle que soit la rapidité de chacun: seul celui qui commencera par mettre un pied devant l’autre pourra tenir ce rythme effrené. Cela suppose en même temps une certaine modestie qui s’inscrit bien dans la mentalité suisse.

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