Un vent de fraîcheur dans le monde du design suisse

By 30. juin, 2020 No Comments
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Le dernier projet d’Adrien Rovero: sa collection «iWood» pour la société suisse du même nom. Photo: Mathieu Spohn

Le design «made in Switzerland» est considéré comme innovant, minutieux et fonctionnel. Ce sont d’illustres architectes et designers tels que Max Bill, Le Corbusier, Haefeli Moser Steiger et Willy Guhl qui lui ont donné cette image. Les dessins de meubles qu’ils ont réalisés sont à la base de notre conception de ce qu’est le bon design suisse dont les débuts datent du XIXe siècle et l’apogée se situe dans les années 1930 et 1950.

Adrien Rovero a conçu la collection de lampes «Parc» en collaboration avec le studio de design canadien Lambert & Fils. Photo: Arseni Khamzin

Ce qui caractérise le design suisse d’aujourd’hui est difficile à exprimer: nombreux sont celles et ceux qui travaillent dans un monde du design désormais mondialisé. Ces dernières années, la mondialisation et la numérisation ont donné naissance à une nouvelle génération de designers helvètes qui, d’une part, sont connectés au monde entier et agissent comme tels, mais qui, d’autre part, valorisent la dimension locale et sont soucieux de durabilité. Leurs dessins et ébauches sont le reflet d’une nouvelle liberté créative et d’un plaisir intense à expérimenter avec les couleurs, les matériaux et les formes. Cela démontre en même temps qu’il n’y a pas de rupture avec les conceptions du modernisme en matière de design: les valeurs anciennes telles que la fonctionnalité, l’innovation et la qualité de fabrication demeurent plus que jamais pertinentes.

Pour la marque anglaise Established and Sons, Dimitri Bähler a conçu le lampadaire «Cho Light» avec son abat-jour rond en papier japonais Washi qui se balance sur une tige en fibre de carbone.

Les universités, notamment l’Ecole cantonale d’art de Lausanne (ECAL) de renommée internationale située à Renens, contribuent largement au rayonnement de la conception suisse du design: ce que l’on y crée suscite l’intérêt au-delà de nos frontières. Parmi les diplômés de ces dernières années figurent Adrien Rovero, Michel Charlot, Julie Richoz et Dimitri Bähler, ainsi que les concepteurs du studio BIG-GAME Elric Petit, Grégoire Jeanmonod et Augustin Scott de Martinville, qui l’ont fondé en 2004. Un coup d’œil dans leur portfolio suffit à révéler la large palette de produits à leur actif allant des tables et chaises et aux horloges et aux poignées de porte. Leur domaine d’activité ne se limite pas à la conception de produits: ils interviennent également en tant que conférenciers, scénographes, architectes d’intérieur et consultants.

Table «Malleray» dessinée par Dimitri Bähler pour l’Atelier Pfister. Photo: Atelier Pfister

Dans un marché très concurrentiel, cette polyvalence peut leur servir à établir leur propre marque. Après tout, les cours de design deviennent de plus en plus prisés et le nombre de diplômés augmente en conséquence. À eux seul, les diplômes issus des écoles suisses de design et d’art ont plus que triplé au cours des quinze dernières années. Les designers qui veulent percer dans cette branche sont également confrontés au fait que le commerce de détail n’est en général guère enclin à l’expérimentation. Par ailleurs, peu nombreuses sont les galeries qui ont choisi de se concentrer sur le design contemporain. Mais heureusement, il existe quelques exceptions.

La collection «Extra-Ordinary» du designer Sebastian Marbacher et de la designeuse textile Mara Tschudi exposée à la Galerie O. Photo: Studio Surface Service + Sebastian Marbacher

Une marque qui s’attache à promouvoir le jeune design suisse depuis une dizaine d’années est l’Atelier Pfister. Pour ses collections, son directeur de création Alfredo Häberli engage de jeunes talents aux côtés de personnalités de renom telles que Jörg Boner, Frédéric Dedelley et l’agence Atelier Oï, offrant ainsi aux nouvelles recrues un tremplin non négligeable. C’est en effet souvent la première fois qu’elles ont l’opportunité de voir leurs dessins se matérialiser en grande série. A titre d’exemple, la table «Malleray» qui figure dans la collection actuelle a été conçue par le jeune designer biennois Dimitri Bähler. Fabriquée en bois local, celle-ci réunit élégamment le cercle et le rectangle pour donner naissance à une nouvelle forme.

Les tables basses de salon et d’appoint «The Other Way Round» de la designeuse zurichoise Isabell Gatzen jouent avec la symétrie et l’asymétrie. Photo: Nadine Ottawa

Moins connus, mais tout aussi dignes d’intérêt, sont le label OKRO et la galerie O de Coire qui lui est associée. Tous deux ont été lancés par l’architecte Heinz Caflisch. A ce label qui existe depuis 2013 s’est ajoutée une galerie quatre années plus tard. Ces deux entités réunies permettent à Caflisch d’offrir aux jeunes designers et artisans helvètes un lieu de rencontres et d’échange incontournable. Ce n’est que tout récemment, par exemple, que le jeune designer zurichois Sebastian Marbacher et la designeuse textile Mara Tschudi y ont exposé leur premier projet de coopération, une collection de meubles en quatre parties baptisée Extra-Ordinary. Ils y ont allié leurs deux styles pour créer des pièces artisanales uniques dont les formes inhabituelles et les surfaces colorées semblables à des collages ne manquent pas d’attirer les regards. Le temps d’une exposition, OKRO réunit des designers de renom et des talents prometteurs tels que Marie Schumann, Isabell Gatzen ou le duo bâlois Dominic Plueer et Olivier Smitt, parmi tant d’autres.

Réalisé pour OKRO, le «Bench N°1» de Plueer Smitt est fabriqué en bois de cèdre rouge traité au sulfate de cuivre. Photo: Hans-Ruedi Rohrer

Offrant une bouffée d’air frais au secteur, le monde du design suisse a beaucoup à nous apporter. En même temps, il perpétue l’héritage du modernisme avec ses idées novatrices et ses exigences élevées en matière de qualité. Il reste à espérer que l’intérêt grandissant pour la filière et le métier de designer suscitera également chez les industriels et les commerçants de la profession ainsi qu’auprès de la clientèle des particuliers un engouement croissant pour les jeunes designers et leurs créations.

«Side Table N°2» en bois d’érable teinté noir réalisée par Plueer Smitt pour Karakter Copenhagen. Photo: Gian Paul Lozza

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