A quand l’ordinateur-créateur? L’intelligence artificielle appliquée au design de meubles

By 14. décembre, 2020 juillet 20th, 2021 No Comments
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En octobre, l’Ecole polytechnique fédérale de Zürich a ouvert un nouveau centre de recherche sur l’intelligence artificielle. Cette avancée démontre la pertinence de cette technologie qui, souvent à notre insu, influe déjà sur de nombreux domaines de notre vie, que ce soit sur le commerce électronique ou les applications de reconnaissance vocale. Mais quel rôle l’intelligence artificielle joue-t-elle dans la création? L’ordinateur est-il susceptible de remplacer le concepteur à l’avenir?

Kartell K.I. par Philipp Starke

De plus en plus utilisée pour concevoir des produits industriels, l’intelligence artificielle contribue à rendre adaptables des produits complexes et à optimiser pièces et composants. On peut y faire appel pour générer un grand nombre de variantes en un laps de temps relativement court et ainsi obtenir le meilleur résultat possible. Comparée aux processus de conception et de développement conventionnels, l’intelligence artificielle permet de réaliser des économies substantielles de temps et de coût.

Les algorithmes employés dans le design automobile, par exemple, permettent de générer des formes géométriques complexes. C’est grâce à la modélisation dynamique que Mercedes-Benz a pu réaliser la meilleure conception aérodynamique possible pour son « Intelligent Aerodynamic Automobile ». Un autre exemple nous vient de l’avionneur Airbus qui a fait appel au design génératif pour produire sa « cloison bionique » dont la masse est 45 % plus légère que celle des composants traditionnels.

Kartell Louis Ghost par Philipp Starke

Dans le domaine du design de mobilier, l’intelligence artificielle n’en est encore qu’à ses débuts. Conçue pour Kartell par l’architecte Philippe Starck en coopération avec Autodesk, la chaise « A.I. » (pour artificial intelligence) est considérée comme le premier meuble de fabrication industrielle assistée par intelligence artificielle. C’est Starck lui-même qui a décrit le processus de conception comme un dialogue avec l’ordinateur. Le terme est approprié car l’intelligence artificielle doit en premier lieu apprendre. L’ordinateur a besoin de connaître les contraintes imposées pour pouvoir calculer différentes variantes. A cet effet, des informations sur le siège, le dossier et l’accoudoir, par exemple, ont été transmises au programme informatique par l’intermédiaire des données clés du modèle de chaise Louis Ghost de Starck. On y a ajouté des critères de conception tels que le type de matériau, le poids, la capacité de charge et le coût. À partir de cet ensemble de données, le logiciel calcule nombre de versions différentes que le concepteur pourra ensuite peaufiner en corrigeant ses paramètres jusqu’à ce que le résultat souhaité soit obtenu.

Bone Chair, Joris Laarman, 2006. Photo: © Joris Laarman Lab

En ce qui concerne « A.I. », il s’agit d’une chaise stable, légère et confortable fabriquée avec le moins de matière possible. Elle est également faite de plastique recyclé à 100 % provenant de déchets industriels. Dans ce projet, l’intelligence artificielle ne remplace pas le concepteur, mais elle est l’outil utilisé pour atteindre le summum en matière d’efficacité des matériaux, de durabilité, de qualité et de confort. La qualité du design dépend de la communication entre l’homme et la machine. L’ordinateur ne saurait remplacer le designer, car il lui manque la sensibilité ainsi que le sens de l’esthétique des formes et des couleurs.

The Chair project, Philipp Schmitt & Steffen Weiss en coopération avec Mikkel Mikkelsen, 2019

Outre la chaise « A.I. », il existe d’autres projets de mobilier expérimental conçus à l’aide d’algorithmes. Le designer néerlandais Joris Laarman, par exemple, a dessiné une chaise dont la forme est également le produit d’une réduction de poids et de matière. Datant de 2006, son projet expérimental a été baptisé Bone Chair car, telle la croissance osseuse, l’algorithme utilisé n’accumule de la matière qu’aux endroits où elle est nécessaire pour obtenir le rapport poids-puissance idéal. Toutefois, Laarman voit non seulement dans l’utilisation des algorithmes un moyen d’optimiser les produits, mais également un potentiel esthétique. Pour lui, l’intelligence artificielle devient alors un outil de mise en forme qui offre de nouvelles perspectives bien au-delà des limites de la production industrielle telles que nous les connaissons jusqu’à présent.

The Chair project: de l’image générée par ordinateur à la maquette en passant par le croquis

L’homme et l’ordinateur deviennent ainsi co-créateurs dès lors que l’intelligence artificielle entre en jeu. Les deux designers allemands Philipp Schmitt et Steffen Weiss ont également exploré ce type de processus collaboratif. Pour réaliser leur « Chair project », ils ont alimenté un algorithme de plusieurs centaines d’images de chaises iconiques datant du XXe siècle avant de pouvoir donner le jour à un nouveau classique. A partir des images qui en ont résulté, les concepteurs ont en premier lieu exécuté des croquis à la main, puis des modèles CAO transformés ultérieurement en maquettes. La série comprend quatre chaises fabriquées à la main dont certaines continuent certes de ressembler à des chaises sans toutefois toujours en remplir la fonction. L’intelligence artificielle ne s’inscrit donc pas ici dans la recherche d’une optimisation maximale, mais elle est destinée à fournir au concepteur des idées nouvelles et originales qui l’assisteront dans son processus de création.

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